Loirs et lérots dans les combles : ce qu'il faut savoir avant d'agir
Des cavalcades la nuit au-dessus du plafond, en septembre ou en octobre, dans une maison en pierre ou une villa en lisière de pinède : ce n'est pas toujours un rat. Et si c'est un loir ou un lérot, les règles ne sont pas les mêmes.
Chaque automne, les appels du même type reviennent : « ça court dans les combles, ça grince, on dirait qu'on fait rouler des noix ». Dans l'arrière-pays varois, la réponse est souvent un loir gris ou un lérot, deux petits rongeurs qui cherchent un endroit calme pour passer l'hiver. Ils ne se traitent pas comme un rat, et la première erreur — poser du raticide — est aussi la plus courante.
Loir, lérot, rat ou souris : les reconnaître
Les deux espèces appartiennent à la famille des gliridés, comme le muscardin. Les mensurations ci-dessous viennent de l'atlas des mammifères de Rhône-Alpes (LPO / FRAPNA), qui reprend l'ouvrage de référence de Quéré et Le Louarn (2011), et de la fiche du Groupe mammalogique et herpétologique du Limousin (2023).
| Critère | Loir gris | Lérot | Rat / souris |
|---|---|---|---|
| Corps | Environ 15 cm | 11 à 16 cm | Rat noir 16 à 24 cm ; souris 7 à 9 cm |
| Queue | Touffue, presque aussi longue que le corps | Terminée par un pinceau noir et blanc | Nue et annelée |
| Signe distinctif | Pelage gris argenté, gros yeux saillants | Masque noir autour des yeux, grandes oreilles | Museau pointu, pas de masque |
| Poids | 90 à 250 g, jusqu'à 350 g à l'automne | 45 à 120 g, jusqu'à 210 g avant l'hiver | Rat noir 140 à 240 g |
| Crottes | Noires, 8 à 10 mm, pleines de graines | Noires, 8 à 10 mm, plus fines | Souris 4 à 5 mm ; surmulot 1,5 à 2 cm |
| Bruits | Grognements, cris, sifflements | Grincements, claquements de dents | Grattements, peu de cris |
La queue suffit presque toujours : une queue en panache, c'est un loir ; un pinceau noir et blanc au bout, c'est un lérot ; une queue nue, c'est un rat ou une souris. Les crottes, identifiées à l'aide de la clé de détermination de la FRAPNA Haute-Savoie (2015), confirment le diagnostic.
Oui, ils sont bien dans le Var
La liste des mammifères de Provence-Alpes-Côte d'Azur publiée par le Conservatoire d'espaces naturels (2013) coche les deux espèces dans les six départements de la région, Var compris. Le loir gris y est décrit comme répandu mais absent des zones littorales, de la Camargue et de la Crau ; le lérot comme répandu.
L'atlas en ligne de la LPO PACA recense aujourd'hui 3 235 observations de loir gris et 831 de lérot dans la région. En croisant la liste des communes de l'atlas avec celles du Var, on trouve environ 90 communes varoises avec au moins une donnée de loir — Aups, Brignoles, Draguignan, Salernes, Signes, Collobrières — et une soixantaine pour le lérot, jusqu'à Hyères et Toulon. Ce sont des observations, pas des densités : elles disent où l'espèce a été vue, pas combien il y en a.
Pourquoi maintenant
Ces deux espèces hibernent longtemps. Le lérot passe d'octobre à avril en hibernation, sa température corporelle descend vers 5 °C et son cœur passe de 300 à environ 2,5 battements par minute. Le loir gris hiberne près de sept mois — et des chercheurs viennois ont observé des loirs en liberté hiberner jusqu'à 11,4 mois les années sans faînes (Hoelzl et al., 2015). En septembre et octobre, engraissés, ils cherchent un gîte : un grenier calme et sec leur convient parfaitement.
Ce que dit la loi
C'est le point qui surprend le plus, dans les deux sens.
Ni l'un ni l'autre n'est protégé
L'arrêté du 23 avril 2007 fixant la liste des mammifères terrestres protégés ne contient, pour la famille des gliridés, que le muscardin. Le loir gris et le lérot n'y figurent pas. France Nature Environnement le résume ainsi : ils « ne sont pas protégés mais ne sont pas pour autant considérés comme des espèces nuisibles ».
Ni gibier, ni « nuisible »
Ils ne figurent pas dans la liste des espèces de gibier (arrêté du 26 juin 1987 modifié), ni parmi les espèces susceptibles d'occasionner des dégâts. Dans le Var, le classement ESOD 2026-2029 ne vise que le renard, la fouine et, dans quatre communes, la pie.
Le lérot est « quasi menacé » au niveau mondial
La liste rouge des mammifères de France (UICN, MNHN, 2017) classe les deux espèces en préoccupation mineure. Le lérot est en revanche classé « quasi menacé » au niveau mondial : il n'occuperait plus qu'environ 47 % de son aire de répartition de 1978 (Bertolino, 2017). Les deux figurent à l'annexe III de la convention de Berne.
Hors du cadre des produits autorisés
Les raticides anticoagulants sont autorisés pour des cibles précises — rats noirs, surmulots, souris domestiques. Le règlement européen sur les biocides impose de les utiliser « dans le respect des conditions de l'autorisation », et le code de l'environnement (art. L522-16) punit l'usage hors de ces conditions de six mois d'emprisonnement et 7 500 € d'amende.
En pratique : on a le droit de faire partir un loir de chez soi, mais pas avec n'importe quoi. Le poison est à écarter, pour des raisons juridiques autant que pratiques — un animal qui meurt dans une cloison ou sous un isolant, c'est une odeur pendant des semaines et un risque pour les prédateurs qui le consommeraient.
Les dégâts réels, sans exagérer
Les dégâts documentés sont d'abord matériels et sonores. L'atlas de Rhône-Alpes décrit un loir qui s'installe « dans l'isolation des murs et dans les greniers » et s'attaque aux stocks de pommes et de noix. France Nature Environnement cite les cavalcades nocturnes, la laine de verre et les chiffons emportés pour faire les nids, les boiseries rongées.
Pour les câbles électriques, la seule source institutionnelle que nous avons trouvée est un guide suisse soutenu par l'Office fédéral de l'environnement, qui indique que les loirs peuvent ronger isolants et câbles — tout en notant que certains propriétaires les hébergent depuis vingt ans sans aucun dégât. Nous ne présenterons donc pas le risque d'incendie comme établi : il est possible, il n'est pas mesuré.
La bonne méthode : les faire sortir, puis fermer
Confirmer l'espèce
Queue, crottes, bruits, heure d'activité. Un loir se confond facilement avec un rat noir, qui lui aussi grimpe et fréquente les combles. Or le rat noir, lui, relève d'un traitement de dératisation classique. Cette première étape décide de tout le reste.
Repérer les accès
Tuiles de ventilation, tuiles faîtières, rives, lucarnes, passages de câbles, branches ou plantes grimpantes qui touchent le toit. Les fiches associatives recommandent d'obturer les ouvertures de plus d'1 à 2 cm, avec un grillage à maille de 2 cm maximum en fil d'au moins 2 mm, ou de la laine d'acier.
Ne pas emmurer
C'est l'erreur à ne pas commettre. On ne ferme qu'après s'être assuré que les combles sont vides : jamais en plein hiver sur un lérot en hibernation, jamais sur une femelle qui allaite des petits. Les fiches du GMHL et de FNE insistent sur ce point. La fenêtre utile est la fin de l'été ou le printemps, après vérification.
Supprimer ce qui les attire
Élaguer les branches qui touchent la toiture, rabattre les grimpantes, protéger les gouttières, ne plus stocker de fruits ni de noix au grenier, gainer les câbles accessibles. Sans cela, le prochain automne ramènera un autre occupant par le même chemin.
Et la capture ?
Les fiches associatives décrivent la capture en piège-cage, relevé plusieurs fois par jour et obligatoirement tôt le matin, suivie d'un relâcher en forêt à plus de 4 ou 5 km. Nous n'avons trouvé aucun texte qui encadre explicitement ce relâcher, ni pour l'autoriser ni pour l'interdire. Nous préférons donc l'exclusion — faire sortir, puis fermer — qui ne pose aucune question juridique.
Si le diagnostic montre au contraire un rat noir, le protocole change complètement : voir notre page dératisation et notre article sur le bâti ancien d'Ollioules, où les combles et les planchers bois posent exactement ce type de question.
Questions fréquentes
La queue est l'indice le plus sûr : touffue chez le loir, terminée par un pinceau noir et blanc chez le lérot, nue et annelée chez le rat. Les crottes aident aussi : noires, de 8 à 10 mm et pleines de graines chez les gliridés. Les loirs et lérots sont également plus bruyants, avec des grognements, des sifflements et des claquements de dents.
Non. Ni le loir gris ni le lérot ne figurent dans l'arrêté du 23 avril 2007 qui fixe la liste des mammifères protégés en France. Ils ne sont pas non plus chassables ni classés parmi les espèces susceptibles d'occasionner des dégâts. Le lérot est cependant classé « quasi menacé » au niveau mondial par l'UICN.
C'est à éviter. Les raticides sont autorisés pour des cibles précises — rats et souris — et le code de l'environnement punit l'usage d'un biocide hors des conditions de son autorisation. En pratique, un animal empoisonné meurt souvent dans une cloison ou sous l'isolant, ce qui provoque des odeurs durables et expose les prédateurs.
Quand les combles sont vides, et seulement à ce moment-là. Le lérot peut hiberner dans un grenier d'octobre à avril : fermer en plein hiver risque d'emmurer des animaux. La fin de l'été, après le sevrage des petits, ou le printemps, après le réveil, sont les périodes à privilégier, après vérification.
Aucune source officielle française (ANSES, Santé publique France) ne documente de risque sanitaire spécifique lié aux loirs dans l'habitat. Des études européennes ont détecté des agents pathogènes chez certains loirs, transmis surtout par les tiques. Les règles d'hygiène habituelles suffisent : gants pour nettoyer les crottes, aération, pas de balayage à sec.
Oui. Depuis notre base de La Seyne-sur-Mer, nous intervenons dans tout le Var, du littoral au haut pays, ainsi que dans les Alpes-Maritimes. Chaque visite commence par l'identification de l'espèce, parce qu'un loir, un lérot et un rat noir ne relèvent pas de la même réponse.
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