Frelon asiatique dans le Var : ce que dit la saison 2026
52 nids signalés dans le département cette saison, contre 3 l'an dernier. Le chiffre mérite d'être lu correctement — et il tombe au moment où les colonies atteignent leur taille maximale.
En septembre, deux choses coïncident dans le Var : les colonies de frelons et de guêpes arrivent au maximum de leur population, et les nids secondaires, invisibles jusqu'en août, deviennent soudain repérables. C'est le mois où le téléphone sonne le plus, et c'est aussi celui où les erreurs coûtent le plus cher.
Ce que montrent les signalements varois
La plateforme de signalement vers laquelle la préfecture du Var renvoie officiellement publie un suivi départemental. Au 11 septembre 2026, pour le Var :
| Indicateur (Var) | 2026 | 2025 | 2024 |
|---|---|---|---|
| Nids signalés | 52 | 3 | 4 |
| Nids neutralisés | 19 | 0 | 1 |
| Frelons capturés (30 pièges suivis) | 548 | 21 | 31 |
| Communes concernées | 29 sur 153 | — | — |
L'intercommunalité la plus touchée est la métropole Toulon Provence Méditerranée, avec 24 nids signalés et 511 frelons capturés.
Comment lire ces chiffres honnêtement
Passer de 3 à 52 nids signalés en un an ne veut pas dire que la population a été multipliée par dix-sept. La plateforme le précise elle-même : ces données reflètent les signalements validés par les référents locaux et ne constituent pas un recensement exhaustif de la population. Une partie de la hausse vient de la montée en puissance du réseau de signalement — 30 pièges suivis cette saison. Ce que ces chiffres établissent en revanche, c'est que l'espèce est bien installée dans le Var et qu'elle est désormais activement surveillée.
Reconnaître : asiatique, européen, ou guêpe
C'est la première question au téléphone, et la réponse change la suite. Voici les critères du Muséum national d'Histoire naturelle.
| Critère | Frelon asiatique (Vespa velutina) | Frelon européen (Vespa crabro) |
|---|---|---|
| Taille | 17 à 32 mm | Ouvrières 18 à 23 mm, reines 25 à 35 mm |
| Thorax | Entièrement noir, velouté | Noir et brun-rouge |
| Abdomen | À dominante noire, une large bande orange | À dominante jaune clair rayée de noir |
| Tête, de face | Orange | Jaune de face, rouge au-dessus |
| Pattes | Extrémités jaunes — d'où « frelon à pattes jaunes » | Noires et brun-rouges |
| Nid | Sphérique à piriforme, ouverture petite et latérale, environ 60 × 80 cm | Ouverture large dirigée vers le bas, environ 30 × 60 cm |
L'idée fausse la plus répandue
Le frelon asiatique n'est pas « plus gros » que le frelon européen. Il est en moyenne plus petit. Le critère fiable, à distance, tient en trois points : thorax noir, extrémités des pattes jaunes, tête orange vue de face.
Pourquoi septembre est le mois critique
Le cycle d'une colonie est annuel, et il n'a rien de linéaire.
Fondation, nid primaire
Une reine fécondée l'hiver précédent ébauche seule un nid de la taille d'une orange, une dizaine de cellules. Les premières ouvrières émergent en mai. À ce stade le nid est petit, abrité, et le Muséum comme l'ANSES le décrivent comme difficile à repérer.
Le déménagement
70 % des colonies abandonnent le nid primaire pour un nid secondaire, dans 73 % des cas à plus de dix mètres de hauteur dans un arbre. C'est ce déménagement qui explique l'impression d'un nid « apparu d'un coup » : il n'est pas apparu, il a changé d'adresse et de taille.
Le pic
Les plus grandes colonies produisent plus de 13 000 individus sur la saison, avec près de 2 000 ouvrières présentes et l'élevage d'au moins 500 futures fondatrices. C'est le moment où le nid est le plus gros et le plus défendu.
Sexués, puis extinction
Mâles et femelles reproductrices se développent, la reine meurt avant l'essaimage, et le reste de la colonie dépérit au cours de l'hiver. Seules les femelles fécondées hivernent — ailleurs.
La saisonnalité des piqûres suit le même calendrier. Sur les données des centres antipoison compilées par l'ANSES, les piqûres de guêpes culminent de juin à septembre et celles de frelons de juillet à octobre. Septembre est dans les deux fenêtres.
Un nid n'est jamais réutilisé l'année suivante
Le Muséum et l'ANSES sont formels : les nids sont construits pour une seule saison et ne sont pas réoccupés. Un nid encore visible en février est un nid vide. Cela veut dire deux choses : il n'y a pas d'urgence à faire retirer un nid mort en hiver, et il n'y a aucun intérêt à « traiter » un nid abandonné.
Le risque réel, d'après l'ANSES
Sur la période 2014-2023, l'ANSES et les centres antipoison ont recensé 6 022 appels et 179 141 passages aux urgences pour piqûres d'hyménoptères, dont 18 213 hospitalisations.
Trois enseignements comptent pour décider quoi faire d'un nid.
Le premier : les frelons sont responsables de 38 % des formes graves, proportionnellement plus que les guêpes et les abeilles, alors qu'ils ne représentent que 25 % des espèces identifiées.
Le deuxième, et c'est le plus important : une seule piqûre a suffi dans 48 % des cas graves, et dans 53 % des cas impliquant un frelon. Une réaction allergique était décrite dans 89 % des envenimations graves. L'ANSES précise que la réaction allergique ne dépend pas de la dose injectée. L'argument « je ne risque qu'une piqûre » ne tient donc pas.
Le troisième : le venin du frelon asiatique ne serait pas plus toxique que celui des autres hyménoptères. Ce qui le rend dangereux, c'est la taille des colonies et la hauteur des nids, pas une toxicité particulière.
Les deux distances à connaître
Le Muséum recommande de rester à plus de 5 mètres d'un nid : c'est en deçà de cette distance que le frelon asiatique devient agressif. Lors d'une destruction professionnelle, le périmètre de sécurité est porté à 10 mètres minimum, avec alerte des riverains dans un rayon de 50 mètres. Si vous êtes assez près pour distinguer les pattes jaunes à l'œil nu, vous êtes déjà trop près.
Ce que dit la réglementation
« Vespa velutina est classé danger sanitaire de deuxième catégorie pour l'abeille domestique. »
Ce classement organise la lutte au bénéfice de la filière apicole. Il ne crée aucune obligation individuelle de destruction ou de déclaration pour un particulier.
« Sont interdits l'introduction sur le territoire, la détention, le transport, le colportage, l'utilisation, l'échange, la mise en vente, la vente ou l'achat de spécimens vivants. »
L'espèce est inscrite comme exotique envahissante, au niveau français et au niveau européen. Concrètement : on ne détient pas et on ne transporte pas un frelon vivant. On n'est pas pour autant tenu de détruire un nid.
« Le signalement peut être établi par l'intermédiaire du maire de la commune où est situé le nid. »
La loi instaure un plan national de lutte, décliné en plans départementaux sous l'autorité des préfets, et l'indemnisation des pertes apicoles. L'obligation de signalement qui figurait dans le texte initial a été retirée au cours de la navette parlementaire : le signalement reste facultatif.
Qui intervient, et qui paie dans le Var
Deux questions reviennent systématiquement, et les réponses réelles sont moins confortables que ce qu'on lit ailleurs.
Les pompiers. La règle rappelée par le ministère est qu'ils n'interviennent plus pour les hyménoptères en domaine privé ; seul l'espace public, ou un nid situé dans un environnement sensible, relève encore d'eux. « La destruction des nids reste à la charge des particuliers. » Les doctrines opérationnelles varient d'un SDIS à l'autre et celle du Var n'est pas publiée : en cas de doute, appelez votre mairie avant de composer le 18.
Les aides. Nous avons cherché un dispositif varois de prise en charge — conseil départemental, métropole, communes, organismes sanitaires. Aucun n'est documenté publiquement à ce jour. La préfecture du Var ne mentionne aucune aide financière : elle renvoie au signalement et recommande de contacter un professionnel habilité. Le guichet national ouvert en mai 2026, doté de 3 millions d'euros par an, finance des pièges sélectifs et des équipements de protection pour les communes, les apiculteurs et les chercheurs — pas la destruction d'un nid chez un particulier.
Si le nid se trouve sur un logement loué, faites constater la situation par écrit. L'article 6 de la loi du 6 juillet 1989, modifié par la loi ELAN, impose un logement exempt de toute infestation d'espèces nuisibles et parasites ; aucune source institutionnelle ne tranche explicitement le cas d'un nid d'hyménoptères entre bailleur et locataire, et un échange écrit reste la meilleure protection des deux côtés. Le même raisonnement de périmètre que pour les rongeurs s'applique en copropriété : voir qui paie la dératisation en copropriété.
Ce qu'une intervention sérieuse comporte
Identifier l'espèce et situer le nid
Asiatique, européen, guêpe commune ou poliste : ce n'est ni le même comportement ni le même protocole. On relève aussi la hauteur, l'accès, l'exposition et la présence de riverains, d'enfants ou d'animaux. Une photo prise de loin suffit presque toujours à trancher l'espèce.
Intervenir à la bonne heure
L'espèce est diurne : le Muséum recommande d'intervenir à la tombée de la nuit ou au lever du jour, quand la colonie est rentrée et peu active. Une intervention en plein après-midi disperse les ouvrières au lieu de traiter la colonie.
Perche télescopique et produit homologué
Injection d'un insecticide biocide homologué à la perche, technique qui permet d'atteindre des nids jusqu'à 30 mètres de hauteur selon la préfecture du Var. Les produits TP18 concernés sont réservés aux détenteurs du Certibiocide : ils ne sont pas en vente pour les particuliers.
Périmètre, puis retrait du nid
Périmètre de sécurité de 10 mètres minimum pendant l'opération, riverains prévenus dans un rayon de 50 mètres. Le nid est ensuite décroché et détruit — le laisser en place entretient l'inquiétude et empêche de savoir, l'année suivante, si un nouveau nid s'est installé.
Le piégeage de printemps : ce que l'on sait vraiment
C'est un sujet où les positions institutionnelles divergent, et le dire est plus utile que trancher. Le Muséum déconseille le piégeage des fondatrices hors cadre expérimental : plus de 500 femelles sont produites par nid et leur mortalité naturelle est déjà très élevée. L'ITSAP, après quatre ans d'étude dans trois départements, conclut à l'inverse que le piégeage réduit le nombre de nids — à condition d'être collectif, dense (une soixantaine de pièges espacés de 350 m sur 3 km²), ciblé autour des ruchers et répété au moins quatre printemps de suite. L'étude reconnaît explicitement l'absence de pièges entièrement sélectifs et l'impact sur les autres insectes. Autrement dit : une bouteille coupée dans un jardin ne remplit aucune de ces conditions et tue surtout des espèces non ciblées.
Questions fréquentes
En domaine privé, non : la règle rappelée par le ministère est que les sapeurs-pompiers n'interviennent plus pour les hyménoptères chez les particuliers, et que la destruction reste à la charge du propriétaire ou de l'occupant. Ils restent compétents pour l'espace public et pour les nids situés dans un environnement sensible. Les doctrines varient d'un département à l'autre : passez par votre mairie si vous avez un doute sur votre commune.
Aucun dispositif varois de prise en charge n'est documenté publiquement — ni au conseil départemental, ni à la métropole, ni dans les communes que nous avons vérifiées. La préfecture du Var n'en mentionne pas non plus. Le plan national ouvert en 2026 finance des pièges sélectifs et des équipements de protection pour les communes, les apiculteurs et les chercheurs, pas la destruction d'un nid chez un particulier. Si un dispositif local était créé, votre mairie serait le premier endroit où il apparaîtrait.
Non. L'obligation de signalement figurait dans le texte initial de la loi du 14 mars 2025 mais a été retirée pendant la navette parlementaire : le signalement est facultatif et peut passer par le maire. Le classement en espèce exotique envahissante interdit de détenir ou de transporter un spécimen vivant, il n'oblige pas à détruire un nid. Le préfet conserve en revanche le pouvoir d'ordonner une destruction, y compris sur propriété privée.
Le Muséum et la préfecture du Var recommandent tous deux de ne pas tenter de le détruire soi-même. Trois raisons concrètes : la zone d'agressivité commence à moins de 5 mètres alors que les professionnels travaillent avec un périmètre de 10 mètres ; une seule piqûre suffit à déclencher une réaction allergique grave dans plus de la moitié des cas sévères impliquant un frelon ; et les insecticides réellement efficaces sont des biocides TP18 réservés aux détenteurs du Certibiocide.
Pas le même nid : il est construit pour une seule saison et n'est jamais réutilisé. En revanche, un emplacement qui a convenu une fois — charpente abritée, cabanon, haie dense, arbre isolé — peut très bien convenir à une autre fondatrice. C'est l'emplacement qui se répète, pas le nid.
Le Muséum recommande de détruire le plus tôt possible et jusqu'à la mi-novembre. Au-delà, la destruction n'est plus justifiée : la colonie est vouée à s'éteindre d'elle-même et les fondatrices ont déjà quitté le nid. Un nid découvert en décembre ne se traite pas, il se retire quand c'est nécessaire.
Un nid repéré dans le Var ?
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