Goélands sur le toit : ce que la loi permet, et quand agir
Le goéland leucophée est protégé depuis 1962, le pigeon biset ne l'est pas. À Toulon comme sur tout le littoral varois, confondre les deux régimes peut coûter très cher — et le calendrier compte autant que le matériel.
Tous les printemps, les mêmes demandes arrivent en urgence : « un couple de goélands niche sur notre toit, ils attaquent, il faut enlever le nid ». En mai, il est trop tard — et ce n'est pas une question de volonté, c'est la loi. La bonne période pour régler un problème de goélands, c'est maintenant, à l'automne, quand les toits sont vides.
Les goélands reviennent chaque année sur le même site de nidification : c'est pour cela que la protection se pose avant leur retour, pas après.Deux oiseaux, deux régimes juridiques
| Critère | Goéland leucophée | Pigeon biset |
|---|---|---|
| Statut | Espèce protégée (arrêté ministériel du 29 octobre 2009, art. 3) | Non protégé : animal domestique, res nullius en ville, ou gibier selon la situation |
| Ce qui est interdit | Détruire ou enlever œufs et nids, capturer ou détruire les oiseaux, les perturber intentionnellement en période de reproduction | Les mauvais traitements quand l'oiseau est détenu |
| Qui est compétent | Le préfet, sur demande de la commune (instruction DDTM du Var) | Le maire, au titre de ses pouvoirs de police (art. L2212-2 du CGCT) |
| Nourrissage | Interdit par le règlement sanitaire départemental | Interdit dans le Var (RSD, art. 26 et 120), jusqu'à 450 € d'amende |
La préfecture du Var le rappelle sur sa page consacrée à la stérilisation des œufs : toutes les espèces de goélands sont protégées depuis 1962, au titre de l'article L411-1 du code de l'environnement, de la convention de Berne et de l'arrêté de 2009.
Ce que risque celui qui détruit un nid
L'atteinte intentionnelle à une espèce protégée, à ses œufs ou à son nid est un délit puni de trois ans d'emprisonnement et 150 000 € d'amende (art. L415-3). Depuis la loi d'orientation agricole du 24 mars 2025, le délit suppose l'intention ou une négligence grave ; à défaut, une amende administrative reste encourue. La perturbation intentionnelle, elle, relève d'une contravention de 4e classe. Même l'effarouchement sonore ou visuel d'un goéland est considéré comme une perturbation soumise à dérogation.
Le calendrier des goélands varois
Selon la préfecture du Var, le nid se construit en mars, les premiers œufs apparaissent début avril, deux à trois par nid. L'incubation dure 25 à 30 jours et les jeunes s'envolent vers 42 à 48 jours. La LPO PACA précise que les parents protègent les juvéniles jusqu'à début juillet, avec des vols d'intimidation — c'est la période des « attaques » qui font les faits divers.
Surtout, les couples sont fidèles à leur site d'une année sur l'autre. Un toit colonisé cette année le sera très probablement l'an prochain : c'est cette fidélité qui rend la prévention efficace, à condition de la mettre en place au bon moment.
Le calendrier décide de ce qui est permis : protéger un toit vide en automne, ou attendre la fin de la nidification.La seule intervention possible sur les œufs : la dérogation
La stérilisation des œufs est encadrée par un arrêté ministériel spécifique du 19 décembre 2014, qui permet au préfet d'accorder une dérogation pour les goélands argenté, leucophée, brun et marin en milieu urbain. Il impose une substance appliquée sur la coquille qui interrompt le développement de l'embryon, des intervenants formés, deux passages — avril puis mai en Méditerranée — et, en parallèle, des mesures pour limiter l'accès à la nourriture et empêcher la construction de nids sur les toits.
La commune, pas le particulier
Dans le Var, c'est la commune qui dépose la demande et le préfet qui délivre la dérogation, après instruction par la DDTM. Un particulier ou un syndic adresse chaque année une doléance à sa mairie, avec un plan de localisation du nid. La préfecture met un modèle en ligne.
50 œufs par an au maximum
Le projet d'arrêté soumis à consultation en 2021 pour la ville de Toulon, sur 2021-2023, plafonnait la stérilisation à 50 œufs par an, en avril puis en mai, par pulvérisation d'une huile sans formol. Il interdisait l'enlèvement des nids occupés et prévoyait que pics et filets soient posés en dehors de la période de reproduction.
Rien dès qu'un poussin a éclos
On ne traite que des nids contenant uniquement des œufs. Dès qu'un poussin est né, plus aucune intervention n'est possible sur le nid jusqu'à la fin de la nidification. D'où l'importance d'agir avant.
Ce qu'un particulier ou une copropriété peut faire
Les recommandations de la préfecture du Var, de l'arrêté toulonnais et du livret de la LPO PACA (2025) convergent :
Poser les dispositifs sur un toit vide
Filets, fils inox tendus en quadrillage à 50 cm de hauteur au maximum, pics ou dispositifs rotatifs, grillage au pied des cheminées. Posés hors période de reproduction, sur un toit sans nid actif, ils empêchent la réinstallation au printemps.
Retirer les ébauches de nid
L'arrêté toulonnais admettait la destruction des prémices de nid jusqu'à fin mars. La LPO conseille de nettoyer toits et terrasses fin février-mars et d'y passer souvent.
Signaler, ne pas toucher
Une fois la ponte commencée, on ne détruit pas le nid : on le signale à la mairie. Le nid vide pourra être retiré après la période de nidification.
Couper l'accès à la nourriture
Sacs poubelles fermés, pas de restes sur les terrasses, respect de l'interdiction de nourrissage. Sans ressource, un toit protégé perd tout son intérêt pour le couple.
Une précision honnête
L'arrêté de 2009 protège aussi les sites de reproduction « utilisables au cours des cycles successifs ». Aucun texte ne dit expressément qu'une pose hors saison y échappe. Elle est pourtant recommandée par la préfecture du Var, l'arrêté toulonnais et la LPO : c'est le cadre dans lequel nous travaillons, sur toit vide, hors période de reproduction.
Pourquoi les goélands sont en ville
Le phénomène est récent. Le premier cas de nidification urbaine en France date de 1975, à Fos-sur-Mer. Une étude publiée par Bretagne Vivante en 2019 estime à plus de 1 730 le nombre de couples nichant en ville en 2009-2012, soit une hausse de plus de 500 % par rapport à 1997-1999, dans une soixantaine de villes.
Paradoxalement, les colonies naturelles reculent. Le parc national de Port-Cros recensait 2 064 couples sur les îles d'Hyères en 2010, soit 61 % de moins qu'au début des comptages en 1982. Sur les îles de Marseille, le parc national des Calanques est passé de 23 219 couples en 2005 à environ 12 000 aujourd'hui, un recul qu'il attribue à la fermeture de la décharge d'Entressen en 2010. L'espèce ne se porte pas mieux : elle se déplace vers les toits.
Les nuisances, côté bâtiment
La LPO PACA liste le bruit — de la formation des couples à l'envol, surtout à l'aube et le soir —, l'agressivité près du nid, les fientes qui dégradent toitures, voitures et rebords, et les sacs poubelles éventrés. L'arrêté toulonnais cite le cas d'un nid obstruant une conduite d'aération d'immeuble. Pour les pigeons, l'INRS range l'oiseau parmi les principales sources de contamination humaine par Chlamydia psittaci, responsable de l'ornithose-psittacose.
Pour les pigeons, justement, le cadre est plus simple : pas de protection d'espèce, un traitement par dispositifs anti-posés, filets et nettoyage-désinfection. C'est l'objet de notre page dépigeonnage, et en copropriété la répartition des frais suit la même logique que pour les autres nuisibles, détaillée sur notre page syndics et copropriétés.
Questions fréquentes
Pas s'il est occupé. Le goéland leucophée est une espèce protégée : détruire ou enlever un nid ou des œufs est interdit en tout temps. Seules les ébauches de nid peuvent être retirées en début de saison, avant la ponte, et un nid vide peut être enlevé après la période de nidification. Au-delà, seule une commune titulaire d'une dérogation préfectorale peut intervenir sur les œufs.
De l'automne à février, sur un toit sans nid actif. C'est la période recommandée par la préfecture du Var et la LPO PACA. Les goélands étant fidèles à leur site, un toit protégé avant leur retour en mars ne sera pas recolonisé.
Signaler le nid à la mairie et limiter l'accès à la zone jusqu'à l'envol des jeunes, en général début juillet. Les parents défendent le nid et les juvéniles : l'agressivité est temporaire. Aucune intervention sur le nid n'est possible une fois les poussins nés.
Non. Le pigeon biset ne figure pas dans l'arrêté de 2009 sur les oiseaux protégés. Sa gestion relève du maire, et dans le Var le règlement sanitaire départemental interdit de nourrir les pigeons, en lieu public comme privé, sous peine d'une amende pouvant aller jusqu'à 450 €.
L'effarouchement d'une espèce protégée est une perturbation intentionnelle, qui nécessite une dérogation. La LPO PACA et une question écrite au Sénat de 2025 le rappellent. Les dispositifs physiques posés hors saison sont la voie à privilégier.
Oui. Depuis La Seyne-sur-Mer, nous intervenons sur les toits de Toulon, Six-Fours, Sanary, Hyères et de l'ensemble du littoral varois, avec des travaux d'accès difficile. Pour les goélands, nous intervenons uniquement hors période de reproduction, sur des toits sans nid actif.
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